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  • Les cristaux du Mont-Blanc : une fascination qui perdure dans le temps

    Les cristaux du Mont-Blanc : une fascination qui perdure dans le temps

    Connus depuis la Préhistoire, les cristaux de quartz ont traversé les siècles en fascinant les hommes de toutes conditions. Ceux du Mont-Blanc sont réputés dans le monde entier.

    De formes, de tailles, de couleurs différentes, ils se cachent au fond de cavités enchâssées dans le granite et font rêver des hommes qui, inlassablement, partent à leur recherche : les cristalliers.

    Les cristaux de quartz au fil du temps

    Leur pureté, leur transparence, leur forme géométrique, inhabituelles dans le monde minéral, ont depuis des millénaires engendré un émerveillement quasi mystique.

    Ses premières traces au cours de la préhistoire

    Des pointes de flèches, des silex datant du paléolithique ont été retrouvés taillés dans le cristal de roche, le plus dur de tous les quartz. Sans doute pour une utilisation rituelle.
    La découverte en Savoie et dans le Valais, d’objets et outils taillés dans ce même cristal atteste de leur utilisation au cours du mésolithique.

    L’Antiquité lui offre ses lettres de noblesse

    Dès l’Antiquité, le cristal de roche désigne la variété de quartz incolore et transparent provenant des montagnes : il était alors considéré comme de la glace qui ne fondait jamais.
    Au cours de la Haute Antiquité, il fait partie des pierres précieuses et est utilisé pour la fabrication de parures et d’objets d’art.

    Du Moyen-Âge à la Renaissance

    Au Moyen-Âge il sert à la confection de reliquaires précieux et à la Renaissance, dans les cours royales d’Allemagne, de France et d’Italie, les objets en cristal de roche sont des chefs-d’œuvres très prisés, déclinés sous forme de coupes, vases ou hanaps.

    Les vrais débuts au cours du 17ème siècle

    Au 17ème siècle on retrouve dans une lettre, une première description de l’activité des cristalliers au cœur de la vallée de Chamonix. Elle parle « d’une glace que l’on peut appeler perpétuelle…Les feux de cinq à six mille canicules, ny les eaux du Déluge universel n’ont pas eu la force de le fondre, si ce n’est en quelques endroits, où l’on trouve souvent du cristal et des pierres précieux. Mais pour dire vray, il est dangereux de les y chercher. Les curieux et les avares y sont souvent accablez en Esté sous la ruine des neiges qui s’éboulent. » C’est aussi à cette époque que l’on découvre un texte relatant les premières techniques de prospection et d’extraction par l’usage des explosifs. Le démarrage en grand de l’activité des cristalliers se développe réellement à partir des années 1650.

    La frénésie du 18ème siècle

    Au 18ème siècle la recherche des cristaux bat son plein. C’est une activité d’opportunité, quasi mythique qui va enrôler toute une population désireuse de profiter de cette manne providentielle. Les hommes laissent aux femmes le travail des champs, emmenant avec eux les enfants dans cette chasse au trésor. Les chasseurs traquent le chamois et les cristaux. Ils vendent aux touristes anglais leurs plus belles pièces, en privant ainsi le royaume Sarde qui les réclame pour en faire des lustres et des chandeliers.

    L’intérêt s’amoindrit au 19ème siècle

    Au début du 19ème les cabinets de curiosités sont à la mode, les « savants » expliquent et les grands se passionnent pour le naturalisme : le roi de France va recevoir des mains d’un des premiers guides Michel Paccard , ses plus beaux cristaux et un bouquetin vivant ! Ce commerce naturaliste renforce encore la fouille des moraines du Mont-Blanc. Les guides naturalistes cristalliers, les pauvres, les paysans, tous s’aventurent dans le massif en bravant tous les dangers de la montagne.
    Vers 1850, l’intérêt pour les choses naturalistes disparaît progressivement. En 1900, l’activité des cristalliers est devenue quasi inexistante.

    Le 20ème siècle : le rebond

    La première guerre mondiale met un terme aux collections des minéraux. Mais dans les années 60, les collectionneurs américains se passionnent à nouveau pour les cristaux du Mont-Blanc et relancent ainsi l’activité des cristalliers.

    Le 21ème siècle et ses dérives

    Aujourd’hui ils sont environ une soixantaine déclarés auprès de la mairie à parcourir le massif. Le réchauffement climatique, en faisant reculer les glaciers offre de nouvelles aires de prospection.  Les prix à la hausse de ces joyaux montagnards font naître de nouvelles vocations. Des alpinistes, avec de nouvelles techniques de grimpe acrobatique mais purement attirés par l’appât du gain tentent leur chance. Et abandonnent souvent rapidement …

    Comment naît un cristal de quartz ?

    Le mot quartz provient sans doute d’un mot en vieil allemand « quaderz » qui signifie « mauvais minerai ».

    Un schéma qui représente un four à cristaux
    Coupe type d’un four à cristaux – d’après Bull. Club Minéralogie de Chamonix. 1970. Remanié

    Un phénomène géologique datant de 18 à 20 millions d’années

    Les cristaux de quartz sont composés de silice, (formule chimique SiO2) l’élément minéral le plus représenté sur terre. Les mouvements tectoniques à l’origine de la chaîne alpine ont généré des tensions dans les roches qui se sont fissurées par endroits. Ces fentes et fractures sont datées de 18 à 20 Ma. Le granite est altéré et poreux. Les circulations hydrothermales qui y siègent vont dissoudre la silice de la roche. Dans des conditions de température (entre 573 et 1470 °C) et de pression adéquates, cet élément en saturation va cristalliser et former des quartz. L’ensemble de la fente ou de la géode que l’on appelle un four va alors se tapisser de cristaux.

    Les différents types de cristaux dans le Mont-Blanc

    Les fentes alpines et fours de ce massif granitique fournissent de très beaux spécimen principalement de quartz fumés et de fluorites rose.
    Les quartz sont des cristaux trapus et très purs. Ils peuvent prendre toutes les teintes allant de la transparence absolue (quartz hyalin ou cristal de roche) jusqu’au noir profond (quartz morion). Entre les deux on trouve tous les quartz fumés. Leur teinte, qui varie du brun au noir, est due à l’irradiation naturelle du granite environnant sur leurs impuretés d’aluminium.
    Les cristaux de fluorite, très rares, sont de forme octaédrique et de couleur rose à rouge.
    Une large variété de formes et de tailles existe. Classiquement c’est un prisme hexagonal, plus ou moins large, plus ou moins long, terminé en pointe. Mais on trouve dans le massif le très rare quartz vrillé dit gwindel qui est plat avec un axe en hélice.
    Les cristaux sont parfois assemblés en groupe : on parle de macle. Leur orientation les uns par rapport aux autres est régie par des lois définies complexes et propres à chaque gisement.

    Les cristalliers du Mont-Blanc de nos jours

    A la fin des années 60, l’activité de collecte de cristaux du Mont-Blanc est relancée pour répondre à la demande pressante des collectionneurs américains. Ce sont les guides de haute montagne qui les premiers se remettent à explorer les fissures du massif.

    le massif du Mont-Blanc
    Le massif du Mont-Blanc regorge encore de trésors cachés

    Qui sont ces aventuriers d’aujourd’hui ?

    Jeunes et moins jeunes, descendants de longues lignées de cristalliers ou néophytes passionnés, ils ont tous en commun l’amour de la montagne et les capacités techniques pour escalader les parois rocheuses à la recherche des fours à cristaux.
    De cette passion qui les anime, aucun d’entre eux n’en vit réellement.
    Pour beaucoup, cristalliers depuis de très longues années, déjà enfant trottant derrière leurs pères, c’est une espèce de chasse au trésor qu’ils poursuivent inlassablement. Construite comme une véritable enquête. Du repérage aux jumelles de signes indiquant la présence d’un four dans les parois, aux escalades de plus en plus acrobatiques et engagées pour explorer des endroits vierges de toute recherche. La fonte du permafrost et le recul des glaciers qui dévoilent de nouvelles zones à fouiller, attirent chaque saison de nouveaux prospecteurs. Mais le réchauffement climatique favorise chutes de pierres et éboulements et les accidents mortels ne sont pas rares. C’est une passion d’engagement sur le long terme qui chaque année laisse sur le bord de la route les moins motivés et les moins chanceux.

    Une exploration encadrée

    Ils sont une soixantaine à s’être déclarés auprès de la mairie. Obligation qui leur confère le droit d’aller fouiller les roches du Mont-Blanc dont le sol et sous-sol appartiennent à la commune de Chamonix.
    Depuis 1996, pour protéger et préserver cet environnement montagnard, une circulaire ministérielle a interdit l’utilisation des explosifs pour sortir les cristaux de leur gangue de pierre. Seuls outils autorisés : le burin et la masse…
    De son côté, en 2008, la mairie de Chamonix a pris un arrêté établissant un code d’honneur des cristalliers : en fin de saison de prospection, le 15 décembre, ces derniers doivent présenter les cristaux qu’ils ont extraits et lui donner la priorité en cas de vente pour éviter leur départ dans des collections privées et conserver ainsi ce patrimoine.

    L’explosion des prix

    Certains minéraux d’exception, comme les fluorines et les quartz gwindel , très rares voient leurs prix s’envoler. Un marché parallèle, destiné aux collectionneurs et non déclaré semble exister. La quête du joyau d’exception est dans tous les esprits et fait naître des envies auprès des nouveaux chercheurs s’improvisant cristalliers. Mais il ne suffit pas d’être bon alpiniste et la méconnaissance du massif, son immensité et ses difficultés font que ces derniers abandonnent rapidement.
    Il ne restera au final que les véritables passionnés …

    Bibliographie : Une courte histoire des cristalliers du Massif par Eric Asselborn.

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    Quand la nature sculpte les lapiaz

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  • Quand la nature sculpte les lapiaz

    Quand la nature sculpte les lapiaz

    Tous les jours nous pouvons contempler le travail que l’érosion effectue depuis des millions d’années sur les roches terrestres. Sommets déchiquetés ou arrondis, falaises, cols, canyons sont les résultats les plus évidents de son action.

    Les lapiaz, sont le fruit de cette usure que le temps imprime en surface des plateaux de roches calcaires. Le spectacle qui en résulte est souvent qualifié d’extraordinaire tant il est unique en son genre.

    Le refuge de Platé en Haute-Savoie
    Le refuge de Platé en Haute-Savoie

    Où trouve-t-on des lapiaz en Haute Savoie ?

    Le plus connu est le désert de Platé. Il s’étire sur 2000 hectares en face du Mont Blanc à 2500m d’altitude. C’est un grand plateau calcaire à peine parsemé de végétation qui justifie son nom de “désert”. La fonte des glaciers qui le recouvraient  a commencé un remodelage  que les eaux de ruissellement poursuivent entraînant sa lente et inéluctable transformation. Alternance de diaclases (fissures qui s’élargissent en s’érodant et non en s’écartant) plus ou moins profondes, d’arêtes aiguisées et coupantes, de vagues et de rigoles, de saignées, de marmites, de murailles, il constitue le plus grand lapiaz d’Europe.

    Très différent, le plateau du Parmelan, ceinturé par ses falaises imposantes révèle à sa surface ses lapiaz disséminés au milieu de ses mélèzes et pâturages. D’imposants gouffres, failles et avens balafrent ce paysage où le vert alterne avec les pierres de calcaire blanchi.

    Le plateau du Parmelan en Haute-Savoie
    Les Lapiaz du Parmelan en Haute-Savoie

    Mais comment se forment ces lapiaz ?

    Les calcaires sont des roches sédimentaires, facilement solubles dans l’eau et composées majoritairement de carbonate de calcium CaCO3 mais aussi de carbonate de magnésium MgCO3. Ils se sont formés durant des millions d’années, par accumulation de coquillages et autres squelettes marins au fond des mers ou étendues lacustres. Les mouvements tectoniques en ont propulsé un peu partout à la surface de notre globe.

    Le karst est une structure géomorphologique qui résulte de l’érosion de ces roches solubles, essentiellement des calcaires. Il présente souvent un paysage tourmenté et un sous-sol riche de cavités: gouffres, rivières souterraines, grottes.

    Les lapiaz du désert de Platé
    Le travail de l’érosion: les rigoles de dissolution

    Sa morphologie superficielle la plus spectaculaire s’appelle un lapiaz ( aussi appelé lapiès, lapiez, lapiès ou karren). Il s’agit d’une surface parcourue de “rigoles de dissolution” plus ou moins marquées, certaines apparues à partir des diaclases qui s’élargissent progressivement sous l’action des eaux de ruissellement. Cette dissolution du calcaire exige la présence de CO2 au sein de cette eau. Ce CO2 provient en partie de l’atmosphère mais aussi de la respiration des êtres vivants, bactéries, champignons et racines de végétaux qui tapissent les fissures et anfractuosités de la roche. En surface d’un sol riche en humus, les effets de la dissolution seront plus importants et plus rapides, donnant naissance à des failles parfois suffisamment profondes (aven) pour communiquer avec un réseau de galeries souterraines.

    Une simple micro-dépression de la roche peut s’approfondir sous l’effet de la dissolution et se transformer en cupule puis se creuser encore et encore au fil des millénaires….
    De ce long travail d’érosion, il en résulte un assemblage de roches calcaires blanchies d’une douceur sensuelle, aux formes parfois arrondies entre des arêtes vives, de trous béants, failles ou avens, d’arches et de murailles. Tout un maelstrom de formes qui donne un sentiment d’irréelle beauté à ces paysages.

    Les lapiaz des Dents de Lanfon
    Les lapiaz des Dents de Lanfon


    Mes plus belles randonnées

  • L’histoire des clochers à bulbe de Haute-Savoie

    L’histoire des clochers à bulbe de Haute-Savoie

    Mais comment une influence orientale a-t-elle pu inspirer nos bâtisseurs de clochers ?

    Depuis longtemps intégrés au patrimoine savoyard, ils promènent leur architecture baroque sur fond de montagnes et de glaciers depuis la vallée de Chamonix jusque dans les vallées du Chablais, du Beaufortain et du Faucigny.

    Une inspiration orientale

    Ces clochers à bulbe ou oignon sont d’origine byzantine. Mais les pays froids les ont rapidement adoptés car la neige glisse sur leurs formes douces et arrondies.
    On les retrouve dans le Saint Empire germanique, particulièrement en Bavière, en Forêt Noire, en Autriche et dans les pays slaves.
    Ces pays ont accueilli certains de nos migrants partis chercher du travail loin des conditions frustres des montagnes. Ce sont eux, qui lors de leur retour sur leurs terres ont importé les images étonnantes de ces édifices alémaniques et participé financièrement à leur réalisation.

    Comment les catholiques s’en sont emparé

    La construction de nouveaux édifices religieux en ce début du 19ème siècle répond à la bonne vitalité de la religion catholique. Il s’agit donc de construire de nouveaux édifices pour accueillir une population en forte expansion démographique, de marquer les esprits par la magnificence et aussi de faire mieux que les communes voisines. Le clocher à bulbe, d’une réalisation coûteuse que seules les communes montagnardes possédant alpages et bois communaux peuvent s’offrir, répond parfaitement à ces objectifs. L’architecture baroque est à la mode, le catholicisme assoit son pouvoir en installant des églises qui recèlent des merveilles dans chacune de ses paroisses. A l’extérieur, des clochers étonnants de courbes en métal poli qui s’opposent au côté brut des roches et des terres savoyardes. A l’intérieur d’autres trésors: retables, fresques, chaires, statuettes de bois polychrome…

    De 1802 à 1887: le temps des constructions

    Même si un plan de l’église de Menthon datant de 1779 révèle le tracé d’une esquisse d’ une flèche et d’un bulbe, le temps des clochers à bulbe commence vraiment en 1802 avec la construction de l’église de Montriond. S’en suivent celles de Morzine en 1803, de Chamonix en 1807, d’Abondance en 1811 et de Saint Gervais en 1819. A partir de 1820 les édifications s’accélèrent: 1821 la Clusaz, 1823 Saint Sigismond, 1824 Mont Saxonnex, 1825 les Houches et Hauteluce, 1826 Sixt et Bellevaux, 1827 Thônes, 1830 Ballaison, 1841 Marignier, 17856 Yvoire, 1875 Sciez et le Grand Bornand. Le clocher d’Onnion, érigé en 1887 sera le dernier !

    Un peu d’architecture

    Le principe: partir de la tour carrée du clocher pour arriver à une structure ronde en forme de bulbe, le tout agrémenté de multiples variations esthétiques. Ce sont ces superpositions qui donnent à ces clochers leur silhouette étonnante!
    La tour du clocher, de section carrée, supporte une toiture à 4 pans.
    On passe ensuite à une forme de section octogonale, un boudin ou tore, qui permet la transition vers la forme ronde.
    Le lanternon est la construction suivante à 8 pans, parfois ajourée pour assurer l’éclairage. Il est surmonté d’un toit également à 8 pans.
    Enfin le bulbe. Surmonté de sa flèche très fine et de forme octogonale.
    A sa pointe, une boule qui représente le monde, sur laquelle est plantée la croix, surmontée en finale du coq, emblème du Christ!
    Au 18ème et 19ème siècle, le bois sous forme d’ancelles, le fer étamé puis le cuivre furent utilisés comme revêtement. Assez peu résistants à l’humidité ou à la corrosion, ils furent régulièrement remplacés par d’autres matériaux. Les réfections récentes utilisent de l’acier inoxydable parfois traité pour obtenir une teinte patinée.
    Mais en l’an 2000, Chamonix a choisi de restaurer son clocher à bulbe en utilisant le titane comme matériau de recouvrement, le propulsant ainsi brillamment au 21ème siècle!

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    Les cristaux du Mont-Blanc

  • Les arbres têtards, seigneurs de nos campagnes

    Les arbres têtards, seigneurs de nos campagnes

    Arbres extraordinaires avec leurs étranges gueules cassées, majestueusement présents dans toutes nos campagnes et pourtant inconnus…. leurs mille visages nous interpellent puis nous fascinent. Leur vie a côtoyé celles de nos ancêtres paysans depuis des siècles. Oubliés, délaissés, coupés, ces survivants ont ressurgi comme l’ emblème patrimonial de l’année 2020: l’année des arbres à trognes.

    Les arbres têtards

    Son origine

    Un vieux tronc, noueux, cabossé, tordu, renflé en son sommet lui donnant ainsi une vague allure de larve de batracien …. de nombreuses branches fines qui s’étirent en halo autour de sa tête ligneuse, voici l’arbre têtard.
    Incontournable dans nos campagnes depuis le Moyen Âge, il a atteint son apogée aux 19ème et 20ème siècle mais son plus ancien vestige de chêne, a été daté de plus de 3000 ans!
    En France, il est répertorié sous plus de 250 noms différents selon les régions.
    L’arbre têtard fait partie de la famille des trognes. La trogne, vient du gaulois “trugna” voulant dire “nez, museau” et désignant un visage grotesque. Il faut dire qu’ils ont vraiment une drôle de tête ces arbres étranges….

    Naissance et vie des arbres à trognes

    Leur allure résulte d’une taille particulière du tronc et des branches principales.
    La plupart des feuillus à pousse rapide peuvent se trogner. Deux exemples sont connus de tous: le cep de vigne qui est l’une des plus anciennes et les fameux platanes qui bordent les avenues ou les routes du sud de la France ! Cependant les arbres qui restent les plus fréquemment trognés sont les saules, les chênes, les peupliers noirs et les frênes.
    Cette taille visait au départ à protéger l’arbre des animaux qui broutaient les jeunes pousses à l’excès au risque de le mettre en péril. Les branches ainsi mises à l’abri des dents gourmandes étaient facilement accessibles pour être utilisées ultérieurement à la demande.
    La création d’une trogne s’effectue sur un arbre jeune. L’écimage du tronc en fin d’hiver va stimuler la pousse des bourgeons dormants sous l’écorce et donner naissance à une couronne de jeunes branches. La cicatrisation des coupes successives va produire des bourrelets dans lesquels de nouveaux bourgeons vont se former. L’écorce prend alors cette forme boursouflée et exubérante si particulière. Au fil des tailles successives, tous les 1 à 15 ans selon les variétés, le tronc s’épaissit sans s’allonger alors que les branches densifient la couronne sommitale. Cette coupe étonnante, qui stimule les défenses de l’arbre en le blessant profondément, accroît paradoxalement sa longévité: un chêne peut vivre jusqu’à 200-300 ans, alors que sa trogne peut atteindre 500 ans!
    Selon la taille, l’essence, l’environnement, l’utilisation, la trogne peut prendre des formes à l’infini. L’arbre dit têtard affiche un gros tronc ventru de 2-3 m surmonté de sa tête couronnée de branches. Lorsqu’il est dit en candélabre, il se dessine en plusieurs têtes et plusieurs bras. Certains horizontaux ! Toutes les combinaisons sont possibles et chaque trogne montre une silhouette unique!

    Un arbre riche de ressources

    Si les trognes ont promené leur plastique tourmentée à travers les siècles jusqu’à notre présent, c’est qu’elles ont offert de multiples richesses et avantages.

    L’expression d’un savoir-faire paysan

    Leur allure ramassée, en limitant la prise au vent, réduisait les risques de déracinement. Ces trognes pouvaient alors se passer de générations en générations transmettant ainsi leurs usages traditionnels. Toutes les ressources naturelles possédaient une vraie valeur dans le monde agricole ancien. Ainsi le propriétaire d’une trogne pouvait instaurer un bail agricole pour l’utilisation des branches, se gardant pour lui-même l’usage éventuel de son tronc!!
    Les taillis aériens étaient utilisés en vannerie, charbon de bois, et fabrication d’objets usuels.
    Les petites branches, nouées en fagots, permettaient l’allumage des poêles, les plus grosses étant destinées aux cheminées ou fours à pain.
    Le frêne était plébiscité pour son utilisation en ébénisterie, fabrication de manches d’outils, de sabots et autres objets du quotidien. Ses feuilles donnaient également un fourrage de qualité pour les animaux domestiques.
    L’orme était valorisé en escaliers, l’alisier en lutherie…
    Les troncs noueux des arbres têtards possédaient une valeur à part et entraient autrefois dans la construction navale fournissant des poutres de belles tailles. Certains étaient même taillés pour émettre des branches charpentières courbes utilisables comme bois de marine pour les coques de bateaux!
    A l’heure actuelle, l’industrie du luxe a jeté son dévolu sur ces spécimens anciens dont le bois au dessin rare se prête si bien à la marqueterie précieuse ou à la création de tableaux de bord en bois pour voiture haut de gamme!

    Un écrin pour la biodiversité

    Même si ce mot est très à la mode actuellement, la biodiversité a toujours été l’amie utile et nécessaire des paysans. Quelles richesses trouvaient-ils au creux de ces arbres parfois gigantesques?
    Sous l’action exacerbée de champignons lignivores, les anfractuosités et cavités creusées au sein du tronc constituent un micro-habitat pour toute une flore opportuniste : mousse, lichens, fougères, lierres, ronces, … Même d’autres variétés d’arbres, comme le frêne ou le sureau, y trouvent le bon substrat pour faire naître leurs jeunes pousses…
    Toute la faune cavernicole en fait aussi un refuge: des mammifères ( écureuils, fouines, martes, lapins, renards,…), des oiseaux ( mésanges, rouge-queues, chouettes, hiboux,..), des amphibiens (grenouilles, salamandres, tritons,…), des reptiles ( couleuvres, vipères, orvets, lézards,…) et de nombreux insectes ( coléoptères, guêpes, abeilles,…) Chacun prenant sa place dans la chaîne alimentaire qui mène jusqu’à l’homme.
    Et à l’intérieur du tronc creux, les matières organiques qui s’y sont déposées sont lentement transformées par des champignons saprophytes, en un terreau particulier appelé “le sang de la trogne” qui était utilisé pour faire lever les semis dans les champs.

    Un patrimoine naturel

    Ces arbres étranges ont été pendant des siècles les composants familiers des haies qui quadrillaient toutes les campagnes françaises. Des lignes d’arbres têtards ont délimité par leurs grandes silhouettes, les chemins, les bordures des fossés, les méandres des ruisseaux et les berges des mares… Mais ils ont parfois aussi joué des rôles beaucoup plus étonnants. Isolés, reconnaissables, ils ont parfois remplacé une borne aux croisées des chemins….des têtards creux ont aussi servi de niches à chiens, de cachettes pour des armes, de supports pour des objets sacrés, croix ou statues, de postes de guets pendant la Grande guerre; certains ayant été remplacés par des fausses trognes blindées à cet effet !!
    Décimé par la destruction des haies, il représente aujourd’hui un élément du patrimoine naturel paysager témoin du savoir-faire de générations de paysans que l’année 2020 a mis en lumière. Une année qui a permis de connaître, réhabiliter, restaurer, planter et valoriser les trognes de nos régions.

  • Votre tomme, vous la préférez avec un M ou deux M ?

    Votre tomme, vous la préférez avec un M ou deux M ?

    Vous faites peut-être partie des gens qui, comme moi, ne savent jamais si le fromage que je mange est une tomme avec deux M ou une tome avec un M…

    Pourquoi cette différence pour deux fromages qui, somme toute, ont plutôt l’air de se ressembler ?
    Une petite enquête au pays des to(m)mes m’a paru nécessaire et je vous livre ici ses conclusions….

    Une origine commune

    L’étymologie de ces deux noms est plurielle.
    En 1671, “toume” est un fromage frais. En 1784, on trouve les premières tommes avec deux “m” comme identifiant différents fromages en Savoie, Dauphiné, Provence et Limousin.
    En 1850, on nomme “tome”en patois franc-comtois un fromage d’hiver façon gruyère.
    À la fin du 19ème siècle, une tome, “toma” en occitan , désigne un fromage frais, caillé, pressé ou “touma” un fromage non pétri, mou, qui n’a eu qu’une première façon.
    En patois savoyard, ce même “toma” évoque plutôt un fromage fabriqué dans les alpages.

    La tome et la tomme : une origine géographique différente ?

    Actuellement, le dictionnaire considère que ces deux noms se rapportent à un fromage fabriqué avec du lait d’animaux ayant pâturé en alpages.
    Ce sont donc tous les deux des fromages de montagne.
    En pratique, on remarque que l’on parle plutôt de tomme pour un fromage cylindrique fabriqué dans les Alpes ( Savoie, Dauphiné, Provence) et par extension dans les montagnes ( les Tommes Corse ou celles des Pyrénées).
    Mais il y a des exceptions: la Tome des Bauges AOP, la Tome de Provence
    Le terme “tome” lui sera plus usité dans sa signification originelle, pour un fromage frais, caillé, pressé comme le Cantal ou l’Aubrac.
    La locution “ tome fraîche” fréquemment utilisée pour ces derniers est donc un pléonasme !

    La tome et la tomme : une différence de lait ?

    La Tomme de l'Ubaye

    On trouve des tommes et des tomes de vaches, de chèvres et de brebis.
    Pourrait-il y avoir une spécificité de lait réservée à l’une ou l’autre des orthographes ?
    Eh bien non… encore une fois…
    Les vaches donnent leur lait pour faire de la Tomme de Savoie ou de l’Ubaye mais aussi de la Tome des Bauges AOP.
    Les chèvres, elles, vous offrent leur Tome de Provence ou leur Tomme des Pyrénées.
    Quant aux brebis, elles fournissent en Corse le lait pour la Tomme Corse et en Lozère pour la Tome de Lozère.
    Donc ce n’est pas une question de lait…

    La tome et la tomme : une question de forme ou de taille ?

    Voilà une nouvelle piste à explorer…la forme ou la taille expliquerait-elle le doublement ou non de la consonne ?
    On se représente une tomme ou tome comme un fromage de forme cylindrique.
    On trouve des grosses, des moyennes et des petites tommes : la Tomme de Savoie, 20cm de diamètre sur 5 à 8 cm d’épaisseur, pèse entre 1,2 et 2 kg. La Tomme de Valberg est un fromage rond de 30-35 cm de diamètre pour un poids variant de 9 à 12 kg. Et la Tomme de Saint Marcellin, maintenant appelée “Saint Marcellin” tout court, est lui un petit fromage de 7-8 cm de diamètre pesant 80-90 grammes !!
    Chez les tomes, là aussi la diversité existe : la petite Tome de Provence pèse 100g pour un diamètre de 7cm sur 1 à 2 cm d’épaisseur. Bien moins que la Tome des Bauges AOP, 18 à 20 cm sur 3 à 5 cm pour un poids allant de 1,1 à 1,4 kg mais bien moins encore que la Tome de la Vésubie aux mensurations respectables de 30 à 35 cm pour un poids de 9 à 12kg !!
    Quant à la forme, seule la petite Tomme Arlésienne aussi dite de Camargue s’expose en carré. Les fromages, ronds au départ mais un peu à l’étroit sur leurs étagères de séchage ont pris, par manque de place cette forme carrée originale.
    Là encore, pas de nom lié à une taille ou une forme particulière…

    Au final on remarque qu’il y a bien plus de tommes que de tomes en France et qu’aucune spécificité ne permet réellement de les départager. Quant à la Tome des Bauges AOP, l’orthographe avec un seul “m” n’ a été privilégiée que pour se démarquer de ses voisines alpines dont la très grande majorité fait partie du camp des tommes avec deux”m” !
    Donc maintenant en cas de doute, je vais choisir d’écrire la tomme avec deux”m”… j’ai bien plus de chance de ne pas faire d’erreur !

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    Les arbres têtards

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