L’histoire des clochers à bulbe de Haute-Savoie

Depuis longtemps intégrés au patrimoine savoyard, ils promènent leur architecture baroque sur fond de montagnes et de glaciers depuis la vallée de Chamonix jusque dans les vallées du Chablais, du Beaufortain et du Faucigny. Mais comment une influence orientale a-t-elle pu inspirer nos bâtisseurs de clochers?

Le clocher de l'église de Megève en Haute-Savoie
Le clocher de l'église de Megève en Haute-Savoie

Une inspiration orientale

Ces clochers à bulbe ou oignon sont d’origine byzantine. Mais les pays froids les ont rapidement adoptés car la neige glisse sur leurs formes douces et arrondies.
On les retrouve dans le Saint Empire germanique, particulièrement en Bavière, en Forêt Noire, en Autriche et dans les pays slaves.
Ces pays ont accueilli certains de nos migrants partis chercher du travail loin des conditions frustres des montagnes. Ce sont eux, qui lors de leur retour sur leurs terres ont importé les images étonnantes de ces édifices alémaniques et participé financièrement à leur réalisation.

Comment les catholiques s’en sont emparé

La construction de nouveaux édifices religieux en ce début du 19ème siècle répond à la bonne vitalité de la religion catholique. Il s’agit donc de construire de nouveaux édifices pour accueillir une population en forte expansion démographique, de marquer les esprits par la magnificence et aussi de faire mieux que les communes voisines. Le clocher à bulbe, d’une réalisation coûteuse que seules les communes montagnardes possédant alpages et bois communaux peuvent s’offrir, répond parfaitement à ces objectifs. L’architecture baroque est à la mode, le catholicisme assoit son pouvoir en installant des églises qui recèlent des merveilles dans chacune de ses paroisses. A l’extérieur, des clochers étonnants de courbes en métal poli qui s’opposent au côté brut des roches et des terres savoyardes. A l’intérieur d’autres trésors: retables, fresques, chaires, statuettes de bois polychrome…

De 1802 à 1887: le temps des constructions

Même si un plan de l’église de Menthon datant de 1779 révèle le tracé d’une esquisse d’ une flèche et d’un bulbe, le temps des clochers à bulbe commence vraiment en 1802 avec la construction de l’église de Montriond. S’en suivent celles de Morzine en 1803, de Chamonix en 1807, d’Abondance en 1811 et de Saint Gervais en 1819. A partir de 1820 les édifications s’accélèrent: 1821 la Clusaz, 1823 Saint Sigismond, 1824 Mont Saxonnex, 1825 les Houches et Hauteluce, 1826 Sixt et Bellevaux, 1827 Thônes, 1830 Ballaison, 1841 Marignier, 17856 Yvoire, 1875 Sciez et le Grand Bornand. Le clocher d’Onnion, érigé en 1887 sera le dernier !

Un peu d’architecture

Le principe: partir de la tour carrée du clocher pour arriver à une structure ronde en forme de bulbe, le tout agrémenté de multiples variations esthétiques. Ce sont ces superpositions qui donnent à ces clochers leur silhouette étonnante!
La tour du clocher, de section carrée, supporte une toiture à 4 pans.
On passe ensuite à une forme de section octogonale, un boudin ou tore, qui permet la transition vers la forme ronde.
Le lanternon est la construction suivante à 8 pans, parfois ajourée pour assurer l’éclairage. Il est surmonté d’un toit également à 8 pans.
Enfin le bulbe. Surmonté de sa flèche très fine et de forme octogonale.
A sa pointe, une boule qui représente le monde, sur laquelle est plantée la croix, surmontée en finale du coq, emblème du Christ!
Au 18ème et 19ème siècle, le bois sous forme d’ancelles, le fer étamé puis le cuivre furent utilisés comme revêtement. Assez peu résistants à l’humidité ou à la corrosion, ils furent régulièrement remplacés par d’autres matériaux. Les réfections récentes utilisent de l’acier inoxydable parfois traité pour obtenir une teinte patinée.
Mais en l’an 2000, Chamonix a choisi de restaurer son clocher à bulbe en utilisant le titane comme matériau de recouvrement, le propulsant ainsi brillamment au 21ème siècle!

Partager sur facebook
Partager sur whatsapp
Partager sur email